samedi 11 avril 2015

La colonisation assimilée à l'esclavage et à la Shoah : RHEA dénonce un amalgame irresponsable de François Hollande

Communiqué


Dans le cadre du juste hommage rendu aux enfants d'Izieu et à leurs encadrants victimes de la barbarie nazie, François Hollande, président de la République, a cru bon de déclarer :

« Tous les aspects de notre passé doivent être enseignés, à tous les élèves, dans tous les établissements. Tous doivent être des lieux d'explication où nous puissions revenir sur les pages lumineuses, les figures rayonnantes, mais aussi les moments les plus sombres de notre Histoire : l'esclavage, la colonisation, la Shoah. Ce sera l'une des finalités premières de ce qu'on appelle le parcours citoyen, dont bénéficieront dès l'année prochaine tous les élèves, de l'école élémentaire jusqu'à la terminale. Tous les élèves pourront avoir ce parcours citoyen. (...) »

RHEA estime que mettre sur le même plan deux phénomènes historiques exclusivement criminels et abominables - l'esclavage et la Shoah - relevant tous les deux du crime contre l'humanité, et un phénomène aussi complexe et contrasté que la colonisation française, où le meilleur a côtoyé le pire, est indigne d'un président de la République.

RHEA souligne que se livrer à de telles déclarations devant une délégation de jeunes des cités (en l'occurrence, des collégiens de Vaulx-en-Velin, qui avaient fait le déplacement pour participer à la commémoration), est au mieux irresponsable, au pire criminel. 


RHEA considère que, plus grave encore, vouloir faire d'un pareil amalgame la clef de voûte d'un "parcours citoyen" est irresponsable et éminemment dangereux, à l'heure où la crise d'identité française, à force de mémoire falsifiée, d'incurie politique et de mépris social, est devenue explosive.

RHEA, qui n'est pas naïve, précise que de la part de la Ve République, fondée par Charles de Gaulle sur un projet raciste et néocolonialiste jamais dénoncé comme tel par ses successeurs, plus aucune tartufferie ne l'étonne. RHEA rappelle qu'en son temps, Nicolas Sarkozy s'était livré à des errements analogues, en réduisant la colonisation française en Afrique à une « grande faute », tout en tenant des propos blessants voire injurieux pour les Africains (discours de Dakar, 26 juillet 2007).

RHEA précise que la colonisation française en Afrique, si elle est comptable de nombreux crimes dont la construction de la ligne Congo-Océan, le massacre de Thiaroye ou encore la guerre d'Algérie sont des exemples emblématiques, cette même colonisation française peut également s'enorgueillir d'avoir porté des figures admirables comme le général Faidherbe, ami de Victor Schoelcher et adversaire résolu de l'esclavage, Pierre Savorgnan de Brazza et le roi Makoko qui rêvèrent d’une Europe et d’une Afrique unies dans l'égalité et la fraternité, le maréchal Lyautey dont la mémoire est toujours honorée aujourd’hui au Maroc, ou encore Léopold Sédar Senghor, Diori Hamani, ancien vice-président de l'assemblée nationale française, et Barthélémy Boganda, qui furent tous, à la fois, de grands Français et de grands Africains.

RHEA insiste sur la nécessité d’un aggiornamento historiographique et d'un changement de méthode dans l’enseignement de la période coloniale et, plus généralement, de l’histoire franco-africaine, y compris de la décolonisation, aujourd’hui essentiellement falsifiées.

RHEA croit utile de rappeler cette formule d'Emmanuel Mounié :

« La colonisation française a fait trop de mal pour qu'on en dise du bien, et trop de bien pour qu'on en dise du mal. »

RHEA croit également utile de rappeler ces mots du grand ethnologue Paul Rivet, publiés dans Le Monde en 1957 :

« (...) les nations de l’Europe occidentale, qui pendant si longtemps ont fait preuve d’un complexe de supériorité, se présentent maintenant avec une attitude de coupables. On croirait qu’elles cherchent à se faire pardonner la supériorité sociale et économique que l’ancienneté de leur civilisation et un concours de circonstances historiques favorables leur ont assuré. En butte à des attaques parfois justes, souvent exagérées, toujours violentes, elles négligent le rôle de guide que l’expérience leur impose. »

Tandis que les anciens territoires français d'Afrique connaissent trop souvent la misère de masse, l'analphabétisme, la maladie, la guerre civile, à la fois conséquences et causes de la tyrannie, RHEA appelle François Hollande et les services de l'Elysée à méditer ces mots.

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